Homme d’état et écrivain (1874-1949)

Auguste Liesch est l’arrière petit-fils de Jean-Louis Reding.
A l’instar de son cousin Victor Reding, il est le fils d’un pharmacien, et s’est consacré à la littérature.
Même s’il n’en a pas fait son occupation principale, il a publié de très nombreuses oeuvres, dont la célèbre Maus Ketti.
In memoriam Auguste Liesch (ex Luxemburger Wort 26 Mars 1949)
Avec le décès de M. Auguste Liesch, il vient de s’ouvrir une large brèche dans le front des anciens ministres, cumulant, dans leur retraite, suivant le mot bien connu d’Horace, le loisir avec la considération générale : otium cum dignitate.
Hélas, ces loisirs qui, d’après la conception du poète latin, devaient être en quelque sorte le couronnement prestigieux d’une carrière bien remplie et les délices du vieil âge, le défunt n’a guère pu les goûter comme il l’avait mérité après une vie pleine de labeur passée au service de la communauté luxembourgeoise. Car une maladie impitoyable dont les germes remontaient à l’époque de sa déportation à Leubus, en Silésie (octobre 1942), s’aggrava assez inopinément pour aboutir, en mai 1948, à un coup d’apoplexie qui le condamnait au face à face avec lui-même et le cloua inexorablement sur son lit de maladie jusqu’à ce qu’une seconde attaque finît par le délivrer de ses douleurs physiques et morales (mars 1949). Un optimiste de la sérénité d’esprit et de la bonne humeur innée de M. Liesch n’eût jamais osé compter avec une fin si lamentablement tragique.
Jusqu’en 1942 où les séides du Führer, pour lui faire expier sa fière attitude patriotique durant l’occupation, le déportaient en Silésie malgré ses 68 ans bien sonnés, sa carrière s’est déroulée comme un film à grand succès. Né en août 1874 à Mondorf comme fils d’un pharmacien, M. Liesch fit ses études secondaires au gymnase de Diekirch. Après avoir acquis, à Nancy et à Paris, un solide savoir juridique, il se fit inscrire d’abord au barreau de la capitale pour entrer ensuite dans les rangs de la magistrature. Après avoir passé plusieurs années comme juge de paix sur les bords de la Moselle, à Grevenmacher, il fut nommé, en 1903, juge au Tribunal d’arrondissement à Luxembourg. Comme tel, il parcourut toute la filière des emplois conduisant à la Haute Magistrature. Dans l’exercice de ses fonctions judiciaires, M. Liesch se distinguait toujours par une conscience professionnelle à toute épreuve, par un imposant bagage de connaissances juridiques et par une grande fermeté dans ses conceptions, tempérée de justice.
Ensuite, brûlant les étapes sur la voie du succès, il accepta, en septembre 1918, dans le cabinet de coalition Emile Reuter (succédant au ministère Léon Kauffman) le poste de Ministre de la Justice et des Travaux publics. Dans le nouveau gouvernement formé un peu avant l’armistice de novembre 1918 et avant les troubles intérieurs qui déchiraient notre pays de décembre 1918 à janvier-février 1919 – le défunt était le représentant du parti libéral. Mais il avait beau être le porte-parole d’un parti politique de gauche, ce fils de pharmacien n’avait rien du sectarisme étroit et obtus du fameux Homais, l’apothécaire-type de Madame Bovary. Il était même tolérant jusqu’à la compréhension et ses idées libérales ne l’empêchaient nullement de se lier d’amitié avec des hommes politiques en vue de la droite.
Dans le ministère Reuter, auquel incombait la lourde tâche de liquider les conséquences de la première guerre mondiale, le défunt était, sans contredit, une forte personnalité ayant une juste perception de certaines nécessités de l’intérêt général et décidée à soutenir énergiquement toutes les mesures pour remettre d’aplomb le Grand-Duché fortement secoué par les répercussions de la guerre sur sa politique intérieure et par les soubresauts de la question dynastique, un des abcès de fixation de notre pays à la fin de 1918. Une petite minorité de la gauche composée surtout de socialistes, avait alors fait cause commune avec une partie de la Compagnie des Volontaires pour renverser le trône grand-ducal.
Dans les débats orageux et passionnés provoqués à la Chambre à la suite de ce mouvement „révolutionnaire”, M. Liesch fit preuve d’un talent d’intervention qui alliait le tempérament du tribun à la courtoisie du gentleman. Aussi, plus d’un partisan de la République ne tarda-t-il pas à se casser quelques dents quand il s’attaqua à cette lame d’un pur acier.
En cette occurrence comme lors des discussions relatives à la question de la nouvelle orientation économique du pays, M. Liesch y alla d’une élémentaire notion de justice et d’opportunité pour combattre les fameuses idéologies républicaines et pour mettre vertement à leur place ceux qui essayaient de dépasser certaines limites audelà desquelles il n’y a plus que désordre et arbitraire. Dans les débats où il était question de la future orientation économique du pays, le défunt incarnait toujours les traditions de probité, d’indépendance politique et d’intérêt national. Il est vrai que M. Liesch n’était plus ministre quan,d la Chambre entra dans le vif des débats sur l’Union Economique à conclure avec la Belgique. En effet, il s’était retiré du ministère en avril 1921 pour être nommé directeur des douanes en remplacement du titulaire provisoire M. Dumont. Dans ses nouvelles fonctions M. Liesch eut à s’occuper de la mise en marche du traité de l’Union Economique, voté en mars 1922 par la Chambre. Ce fut un travail d’une douzaine d’années pendant lesquelles le défunt ne se lassa pas de veiller à une juste interprétation des textes et de concilier les intérêts divergents. Car M. Liesch n’aurait pas voulu être une potiche sur un meuble en acceptant un poste sans pouvoir.
En 1933 il démissionna comme directeur des douanes pour se voir attribuer la place de délégué du Grand- Duché au Conseil administratif mixte belgo-Iuxembourgeois composé de trois membres et qui s’occupe surtout de questions administratives d’essence moins spectaculaire. En 1937 il entra au Conseil d’Etat où il fit partie du comité du contentieux et où il eut la satisfaction de donner toute la mesure de son savoir juridique.
Pendant l’occupation allemande, il eut plus d’une fois maille à partir avec les Nazis. Une première fois il fut emprisonné comme otage lors de l’affaire de l’exhibition d’un drapeau luxembourgeois par la Résistance clandestine. Mais il fut libéré contre caution. Il fut cependant définitivement retiré de la circulation et déporté avec son épouse à Leubus le 1er oct. 1942. Ce fut avec un sinistre pressentiment de futurs malheurs qu’il se laissa emmener: il savait qu’à son âge – 68 ans – une déportation équivaut presque à une condamnation à mort. Il s’en réchappa néanmoins et il put rentrer dans le pays, en avril 1945, après un assez long séjour à Schlangenbad, dans le Taunus. Mais l’empreinte de la mort était indélébile, la suite des événements l’a bien démontré.
Quant à M. Liesch comme écrivain d’expression dialectale, rappelons son excellent recueil „Allerhand” qu’il s’est finalement décidé à publier sur les instances de ses amis et qui contient de véritables joyaux d’humour où la franche gaieté voisine, par endroits, avec une sentimentalité pudiquement voilée. Son roman ,,Auf dem Eichenhof”, écrit en allemand, renferme des pages magistrales à côté de légères faiblesses de composition.
Son récit pour enfants „Maus Ketti”, illustré par P. Blanc, est une œuvre de jeunesse moins connue.

En somme, le décès de l’homme de bien qu’était M. Auguste Liesch a laissé un grand vide difficile à combler. C’est son meilleur éloge.
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